Le grand défi de nos jours

Le grand défi de nos jours: lutter contre une éducation au point mort dans un monde en mutation

 
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Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’école est un lieu profondément humain, sensible aux changements d’une époque. Et nous vivons dans une époque marquée par des changements rapides. Comment alors s'explique un tel écart entre le progrès de notre société d'un côté, et la stagnation de l'éducation de l'autre ?

L'éducation se trouve à un moment crucial de transformation. De grands défis posés par la mondialisation et la révolution numérique remettent en cause les traditions en matière d'éducation et exigent des changements révolutionnaires dans le processus d'apprentissage. Ils contestent le rôle des établissements d'enseignement, qui doivent relever ces défis.

Il faut savoir que notre système éducatif valorise davantage la notion d'aptitude académique (les résultats) que l’innovation. Tout ce qu'on obtient est une pédagogie inutile qui endort les consciences et bloque les vocations des étudiants. Cela nous rappelle la « triste réalité » de l’abandon scolaire en Espagne, qui a le taux le plus élevé en Europe (de 17,9 % au dernier trimestre), ainsi que le fait que ce soit l'un des pays avec plus de disparité en matière d'instruction entre les personnes âgées et les jeunes.

Tel qu'il a été exposé précédemment, il est indéniable que nous avons vraiment besoin d'innover dans le secteur de l'éducation. Et ce n'est pas seulement mon opinion, mais aussi celle des experts en matière d'innovation pédagogique tels que Ken Robinson, professeur de l'université de Warwick; Salman Khan, fondateur de la Khan Academy (un organisme à but non lucratif donnant accès en ligne à une plate-forme éducative gratuite), ou Cristina Garmendia, présidente de la « Fondation Cotec pour l'innovation » depuis 2015 et ancienne ministre de la Science et de l'Innovation de 2008 à 2011. Celle-ci a demandé lors de la cérémonie d'ouverture officielle de l'année académique 2016-2017 de l’ESADE un changement dans l'enseignement qui apporte une « valeur ajoutée ».

Soyons francs, l'école n’est pas le premier lieu qui nous passe par la tête quand nous pensons à l'innovation, mais de mon point de vue elle est loin d'être une institution figée, pétrifiée dans le temps. En effet, l'innovation peut s'effectuer en dehors des grandes entreprises, des incubateurs, des laboratoires de recherche ou des fab-labs des entreprises, mais aussi dans le domaine de l'éducation.

Dans le discours de Mme. Garmendia, intitulé « Éduquer pour innover, innover pour éduquer », elle a illustré le besoin d'innover avec un exemple réel d'engagement avec l'innovation : l'école originale d’Alpartir, un petit village espagnol près de Saragosse pas tout à fait comme les autres. Dans cet établissement, tout le monde –parents, grands-parents et enfants– participe à l'enseignement. Ici l'école est collaborative, ce qui fait le bonheur des enfants mais aussi des parents. Quant au but de son programme scolaire, il s'agit d'acquérir des habitudes saines (liées à la santé, à la consommation, au respect des êtres vivants et de l'environnement) et des compétences nécessaires pour la vie.

Pourquoi donc avons-nous besoin d’innovation dans l'éducation?

Cette question n’est pas si simple, bien que de nombreuses écoles estiment qu'il suffit simplement d’ajouter du matériel technologique dans les salles de classe. À mon avis, appliquer la technologie à un vieux modèle d’apprentissage et d’enseignement ne fonctionne tout simplement pas. Il faut aussi consacrer des efforts pour aller au cœur des approches pédagogiques nécessaires pour optimiser ces ressources.

Tel que Sir Ken Robinson dit à juste titre, le système éducatif tue peu à peu la créativité. «La capacité de créer des enfants décroît avec les années passées dans le système éducatif, de telle manière que la curiosité est la recherche créative laisse la place avec le temps à des comportements rigides, convergents et non modulables».

Éducation et créativité

 
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Picasso a un jour dit ceci : « Tous les enfants sont des artistes nés ». Je suis convaincu que nous sommes tous d'accord sur ce point. En ce sens, vous ne nierez pas non plus que l'éducation joue un rôle fondamental dans le développement et la stimulation de la créativité de l'individu. Alors, les deux concepts immanquablement liés sont l'éducation et la créativité. Mais au bout du compte, nous ne cessons pas de mettre des bâtons dans les roues à la créativité.

Dans les mots de Taddei, directeur du CRI (Centre de recherches interdisciplinaires) à Paris, « Les processus stimulant la créativité permettent aux élèves de développer leur agilité, leur capacité d’adaptation de manière proactive dans un mode qui évolue très rapidement, et au sein duquel la créativité et l’innovation sont indispensables et souvent un facteur limitant ». Et c'est tout à fait vrai. Aujourd'hui les postes de travail demandent d'être créatifs et innovants, des capacités qui se font au niveau de l'hémisphère droit du cerveau (celui qui régit les émotions, l'imagination, les sentiments...). Néanmoins, paradoxalement, aucune des matières portant ces valeurs n'est valorisée dans l'enseignement, qui utilise surtout l'hémisphère gauche (celui de l'analyse, du raisonnement, de la séquence) !

La solution ?

L'expert en créativité Sir Ken Robinson conteste la façon d'éduquer nos enfants. Il défend une refonde radicale de nos systèmes scolaires, afin de cultiver la créativité et de reconnaître de multiples types d'intelligence. Dans son dernier livre, Creative Schools: The Grassroots Revolution That’s Transforming Education, il plaide pour la fin de notre système éducatif industriel dépassé et propose une approche hautement personnalisée et organique qui s'appuie sur les ressources technologiques et professionnelles d'aujourd'hui pour engager tous les étudiants.

Dans le même esprit, j'estime que les élèves devraient acquérir les connaissances dont ils ont besoin, non seulement dans les matières qu’ils sont censés apprendre en classe mais aussi des compétences fondamentales pour l'apprentissage tout au long de la vie. Centaines des recherches académiques montraient l'importance de ce que l'on appelle maintenant les capacités non-cognitives –celles de la motivation, de la résilience– qui sont aussi importantes que les cognitives –les capacités académiques formelles–.

L’ESADE

Pour répondre au « grand défi de nos jours », l'ESADE, en tant que pionnière dans le secteur universitaire et de formation de cadres, a décidé, tout comme les jésuites qui ont fondé l'université il y a soixante ans, de réinventer en profondeur un modèle d'apprentissage dans le cadre du projet « Student First ». Dans cette optique, l'ESADE fournira un environnement qui fusionne l'esprit « start-up » et l'innovation et qui rend l'étudiant le protagoniste de sa propre histoire d'apprentissage et de création de valeur.

Les quatre caractéristiques du nouveau modèle d'apprentissage de l’ESADE sont, grosso modo: la création des méta-connaissances (presque tous les cours magistraux disparaîtront); la classe devient un lieu pour clarifier, approfondir, débattre et comparer des perspectives (et la théorie s'apprend chez soi, avant le cours); le rôle central des plates-formes et des contenus numériques dans le processus, et finalement la multidisciplinarité, qui va au-delà des disciplines universitaires.

Pour conclure, je suis pour une école propice à la créativité et à l'innovation. La seule manière à laquelle je peux penser pour concrétiser cette idée est que l'école favorise une place centrale de l’élève. De plus il serait recommandable qu'il acquière, au cours de son éducation, les aptitudes et les attitudes nécessaires à l'épanouissement personnel et professionnel, notamment le sens de l'initiative et de l'entrepreneuriat, le travail d'équipe, l'éveil culturel, le débat et, le plus important, la créativité. Nous devons repenser les principes fondamentaux de l'éducation afin de replacer l'innovation et la créativité au sein des enseignements. Cela ne peut pas continuer ainsi.

 
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Borja Jimena Tomás